Une journée aux assises

justice is served

Mardi 2 décembre 2014 – Palais de justice de Paris.

Assister à un procès aux assises m’a toujours intéressé. J’ai toujours voulu comprendre comment se rend la justice, loin des petits encarts de presse et des gros titres racoleurs.
Déjà ce qui frappe en entrant dans ce lieu c’est le décalage entre la beauté du cadre et la pesanteur de l’affaire.

Pesanteur c’est bien le mot. Le procès du jour qui allait durer une semaine pourrait faire un titre de polar : Le meurtre du Bristol. Il n’en est rien. C’est un crime passionnel ou l’alcool et les antidépresseurs en sont les commanditaires.
Les faits remontent au 26 mai 2009. Dans la chambre 503 du Bristol. Une jeune femme Kinga Wolf, femme d’affaire à succès d’origine polonaise, est retrouvée morte dans la baignoire de sa suite. Son corps denudé, massacré avec plus de 100 impacts de coups. Son compagnon, Ian Griffin a fui en Angleterre au volant de sa Porsche. Ce dernier était largement alcoolisé et avait pris des antidépresseurs. Il ne se souvient de rien de ce qui s’est passé.
D’emblée je fais le lien avec un autre cas, celui de Marie Trintignant et Bertrant Cantat. Je me dis que ça ne va pas être facile de faire la lumière sur ce qui s’est passé puisque il a fallut cinq ans pour l’extrader et instruire l’enquête.

Dans mon imagination, je pensais qu’un procès aux assises n’était qu’une salve d’effets de manches par des avocats cherchant à faire pleurer l’audience en expliquant à quel point l’accusé a eu une enfance pénible. Ca peut exister mais c’est pas que ça.
Ce qui frappe c’est la rigueur avec laquelle le président est méthodique sur des choses qui peuvent paraître sans interêts. Le président va lire l’intégralité d’une facture payée au bar du Bristol.

Enfin mon regard s’est tournée vers le présumé innocent, Ian Griffin. Celui ci est arrivé avec des béquillles puisqu’il souffre d’une grave maladie qui l’empêche de marcher.
Est-il un monstre ? Est-il un homme rongé par ses démons de l’alcool ? As t’il vraiment oublié ce qu’il s’est passé ?
Je le vois prostré dans ses béquilles. Qu’est ce qui le submerge ? J’ai eu du mal à trouver l’explication et le président aussi. Voici quelques extraits de son audition où on remarque ses incohérences et les destabilisations du président.

Premier extrait sur l’attitude de Griffin face à sa compagne morte.

Président : Qu’avez vous pensez quand vous l’avez vu étaler sur le lit ?
Griffin : Je l’ai trouvé froide et mal en point.
Président : Morte ?
Griffin : Non je ne le croyais pas.
Président : Qu’avez vous fait ?
Griffin : Je lui ai fait un bouche à bouche pour la ramener à la vie.
Président : Pourquoi la ramener à la vie si vous ne la croyez pas morte ?
Deuxième extrait sur le fait que l’accusé à mis une petite pancarte « Ne pas déranger » sur sa porte avant sa fuite.
Président : Pourquoi l’avoir mis avant de partir ? Pour ne pas la déranger ?
Griffin : Parce que je ne croyais pas qu’elle était morte. Je la trouvais mal vraiment froide donc je l’ai mis dans un bain chaud.
Président : Et appeler un mèdecin vu le sang par terre ?
Griffin : Je n’ai pas cru que c’était utile.
Président : Vous aviez peur que le mèdecin la dérange ?
 Troisième extrait sur la volonté qu’a exprimé Ian Griffin de mettre fin à ses jours.
Président : Juste avant de partir, vous avez pensé quoi ?
Griffin : Je voulais me suicider mais c’était pas assez haut.
Président : Il me semble qu’au 5ème étage du Bristol, il y avait peu de chance pour que vous vous loupiez.
La dernière phrase du président est d’un humour noir et je trouve qu’elle n’avait pas sa place dans une audience. C’est très à charge de mon point de vue. J’estime que devant la détresse humaine d’ou qu’elle vienne accusé comme coupable, il faut un peu de retenue.
Ceci étant dit, j’ai noté l’acharnement pour ne pas dire l’opiniâtreté du président pour obtenir les réponses de l’accusé que la famille des victimes sont en droit d’attendre.

Ce que je retiens de cette expérience c’est qu’un procès est un lieu très humain. On a souvent tendance à dire qu’il existe une justice à deux vitesses. Je dirait que mon expérience de ce mardi 2 décembre 2014 m’a montré que la force de la justice se fait dans la lenteur.
La justice a besoin de justesse.

Hier, tard dans la nuit, les jurés ont rendu leur verdict : 20 ans de prison. Ce sera vraisembleblement moins mais il a été reconnu coupable par un juré. C’est long.
C’est aussi long pour la famille des victimes qui ont attendu ce procès pendant 5 ans et demi et qui ne verront plus leur fille, amie, soeur que sais-je ?
Sans faire de bons sentiments, j’espère que ce verdict les apaisera un petit peu à défaut de leur rendre Kinga Wolf.
Ian Griffin a commis l’irréparable. Il va devoir payer sa dette pour un acte « de pure folie » selon son avocat, qu’il dit avoir totalement oublié.
En ce qui me concerne, ce procès je ne l’oublierai pas.

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